Les comms, selon Hugo Chavez


VENEZUELA-ELECTIONS

Quand on pense au «Comandante», une certaine chanson révolutionnaire nous vient en tête, associée à Che Guevara le plus souvent. Pourtant, dans les dernières années, un autre «Comandante», qui vient de s’éteindre, s’est imposé dans l’espace public. Avec son béret et ses vêtements rouges, Hugo Chavez est devenu une nouvelle icône latino-américaine.

 

La Constitution dans une main, la Bible dans l’autre, son éternel béret noir et son costume militaire ou sa chemise rouge; Chavez aura fait sa marque de commerce sur son image, et sur son talent d’orateur. Presque aussi agile que son ami Fidel Castro, Chavez livrait des discours de plusieurs heures, sans une pause, en y mettant à la fois humour, profondeur et paroles rassembleuses qui faisait de lui un populiste attirant les foules. Il a même fait de son coup d’État raté, le 4 février 1992, qui lui a valu deux ans d’emprisonnement, un congé national, célébré chaque année à coup d’une grande manifestation à laquelle assiste des milliers de gens, couronnée par un défilé militaire et agrémentée d’un long discours du président lui-même.

 

Dès son arrivée au pouvoir en 1999, le président socialiste a su utiliser les médias à son avantage. Plus que cela, il s’en est emparé. Monopolisant les 7 chaînes de télévision et les trois radios nationales, Chavez n’a pas hésité à prendre toutes les occasions possibles pour se montrer devant les caméras et sermonner le pays sur toutes les ondes.

 

Son plus grand coup communicationnel est sans nul doute son émission hebdomadaire, diffusée les dimanches sur les ondes de la chaîne Venezolana de Television. D’une durée variable, mais toujours entre deux et quatre heures (sa plus longue a été d’une durée de six heures), Alo Presidente permettait au président de se «rapprocher» de la population en lui exposant, dans son salon, divers aspects de sa politique. Ses ministres étaient tenus d’y assister, car il n’était pas rare que le président annonce, en direct, le renvoi d’un membre de son gouvernement, la nationalisation d’une ressource, ou une offensive militaire contre ses ennemis. Il y faisait également des blagues, récitait des poèmes, et poussait parfois même la chansonnette. Il en profitait bien sûr pour critiquer ses détracteurs, et la plupart des politiques états-uniennes.

 

Alo Presidente, par le truchement du petit écran, donnait l’occasion à Chavez à la fois de courtiser son électorat, de s’humaniser auprès de ce dernier, en plus d’y faire des annonces importantes. Les médias de partout au pays faisaient leur une toute la semaine suivant l’émission avec des choses annoncées pendant la tribune. Parce qu’il venait du «peuple», aspect qu’il cultivait précieusement auprès des médias. On le voyait à la fois jouant au baseball dans les «barillos», et sur un char militaire lors de grands défilés.

 

Comme son ami Castro, il s’est par contre montré pas mal plus discret dans les deux dernières années. Il était difficile d’avoir de l’information sur son état de santé. Il accordait peu d’entrevues, lui qui s’en montrait jadis si friand. Pendant ses années au pouvoir, il ne s’est pas non plus gêné pour mettre la clé dans la porte de certains médias qui le critiquaient. Mais force est d’avouer qu’il l’avait, l’affaire. Chavez a rapidement compris comment fonctionnait la joute médiatique, et l’a utilisé à bon escient. Il a su se positionner en réelle icône; on voit déjà sa figure sur des murales publiques, des t-shirts, des chapeaux et nombre d’objets, qui, parions-le, deviendront aussi populaires que ceux à l’effigie du Che.