La nostalgie à la rescousse, ou la convergence circulaire de la convergence


La nostalgie, ça marche très fort chez les Québécois-e-s. Tellement que plusieurs stratèges derrière de récentes campagnes de publicité l’ont compris. Et ils ont quand même fait un pari intéressant. S’attaquer à des sacro-saints classiques de notre enfance à des fins commerciales, quel sacrilège!

 

Mais ça semble fonctionner, en plus de venir de grands empires.

 

On a d’abord pu voir Québécor utiliser le film culte québécois de toute une génération, La guerre des tuques, afin de commercialiser des téléphones cellulaires. Dès la sortie de la publicité (plutôt réussie), qui reprenait, en plus, LA scène des scènes du film, celle aux célèbres répliques tant reprises «t’as de la neige sur ton épaule / t’as un trou dans ta mitaine», une levée de boucliers de plusieurs nostalgiques pur-e-s et dur-e-s ont trouvé inacceptable cette utilisation culturelle, et presque nationale, de ce film à des fins aussi capitalistes, dont le réalisateur lui-même du film, André Melançon. D’un autre côté, Vidéotron mettait en ligne le téléchargement gratuit du film, au plaisir mercantile de Rock Demers, producteur du film, et de peut-être une génération qui ne connaissait pas les aventures de Sophie, Julien et Cléo. Et de Québécor, qui a surement vendu des téléphones grâce à cette pub, qui est venu en chercher plus d’un-e-s dans leur cœur d’enfant qui regardait ciné-cadeau.

 

En ce moment, Belairdirect s’est également amusé à revisiter des téléséries pour faire la promotion de ses assurances, et c’est plutôt réussi. On repassera pour les voix (une bonne narration est un défi de tout temps pour tout le monde, rarement relevé à date), mais doubler des scènes de Watatatow, Lance et Compte et À plein temps (oui, cette émission un peu bizarre qui mettait en vedette des marionnettes géantes et des vrai-e-s acteurs-trices), fait appel à un souvenir lointain de notre imagination. Ou contribue à nous faire chercher pendant plusieurs minutes sur google le nom de ladite télésérie. Est-ce que ça nous fait acheter plus d’assurances chez Belairdirect? Peut-être pas, mais l’association de la compagnie à cette campagne de pub est clairement établie. Il faut également dire que ces pubs ont été produites parce que Belairdirect est commanditaire de l’émission radio-canadienne Les enfants de la télé. Elles sont d’ailleurs diffusées notamment sur Tou.tv, un site internet de Radio-Canada.

 

Ce qui nous amène à notre chère compagnie d’État, qui, si elle ne joue pas toujours sur la nostalgie, joue certainement avec une convergence un peu exagérée de ses émissions.

 

Ok. Le premier épisode de 19-2, la série qui met en vedette deux policiers interprétés par Claude Legault et Réal Bossé, était «intense». Une fusillade dans une école secondaire, ce n’est jamais facile. Et ça fait référence à Newtown, la tuerie arrivée avant Noël au Connecticut qui a fait une vingtaine de petites victimes. Et à Dawson. Et à la Polytechnique. C’était dur. Ça montrait les évènements (plus ou moins réalistes) du point de vue des policiers. Mais un topo au téléjournal de 22h pour en parler après la diffusion de l’épisode? Vraiment? Et on en remet une couche le lendemain dans pratiquement toutes les émissions radio du télédiffuseur public. Et encore le dimanche suivant, à Tout le monde en parle. Un peu excessif. Ça a tellement marqué les esprits que même le SPVM s’en est inspirée pour faire sa publicité sur son changement d’uniforme (comme si ça nous intéressait). On comprend que le thème est important, mais ça reste toujours bien juste une série de tivi. Une fiction. Aux nouvelles, sérieusement?

 

Entre la nostalgie et la convergence, les deux étant souvent reliés, voilà en tout cas deux techniques qui semblent en vogue. Même Légo s’y met, avec ses affiches pour marquer son 50e anniversaire. Non seulement font-elles appel à notre mémoire, mais elles sont également présentées sous forme de devinettes, et quelques-unes ne sont pas si faciles à trouver. Est-ce qu’on achètera des légos? Probablement pas, mais on peut présumer que l’idée, c’est que ça nous reste dans la tête et en ce sens, ça fonctionne. On repassera par contre pour la «19-2» mania. Même plus besoin de regarder l’émission tellement on en parlé.La pub du SPVM fait le travail. Sans la musique quétaine.