Élections Montréal 2013 – Les pancartes


Les pancartes électorales sont un événement de communication plutôt amusant. C’est un format communicationnel très restrictif (information à mettre, matériaux à utiliser, taille, etc.) et dont les ornières sont très profondément tracées. À l’œil un peu habitué à y porter attention, les pancartes électorales disent beaucoup sur la campagne en cours. Passons la récolte 2013 en revue.

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Dénis

C’est le favori, son absence brille donc avec un éclat retentissant. L’équipe Coderre nous a annoncé hier qu’elle n’aurait pas de pancarte. Deux arguments : l’écologie et « une pancarte, ça ne vote pas ». On compterait sur la notoriété du candidat à la mairie pour faire la campagne.

Qu’est-ce que cela nous révèle de la situation de Coderre? Deux choses : suffisance et problèmes financiers. Coderre est en avance, il le sait. Mais, de toute évidence, sa campagne a des problèmes d’argent. Si on veut faire un geste symbolique pour l’écologie, on l’annonce d’avance, pas le premier jour de la campagne. Si on veut parler autrement aux gens, on lance le jour même une campagne de pub dans les médias de masse. Rien de cela n’est fait.

Faire des pancartes c’est ce qui coûte le moins cher en matière de pub dans une campagne électorale. Si Coderre n’arrive pas à atteindre ce minimum c’est que la situation financière est très préoccupante.

Les « sources traditionnelles » auxquelles se nourrissait Union Montréal sont probablement épuisées à cause de la commission Charbonneau. L’argent n’entre pas assez vite, et il n’y a toujours pas de culture de militance. Même s’il avait eu l’argent pour imprimer des pancartes, il lui en aurait encore fallu d’autre pour les accrocher. Parce que personne ne posait les pancartes d’Union gratuitement : ce parti faisait traditionnellement affaire avec des contractants pour la grande majorité de ses pancartes.

S’il pense que tout va pour le mieux, Dénis porte bien son nom. Cette campagne pue la catastrophe à venir.

 

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Marcel

L’équipe de comm de Marcel nous avait déjà impressionné. À plusieurs reprises. Que nous produit-on cette fois-ci? Un gigantesque Marcel en chemise bleue toute simple. Du jaune et bleu, un fond blanc et « Le Temps d’agir ». Slogan passif, on veut imprimer dans les esprits la nécessité qui s’impose et on ne réussit à évoquer que Le temps d’une paix. Il a une coalition, mais on ne sait pas c’est qui. L’important, c’est Marcel, c’est lui qui porte la bannière, c’est lui qui fera gagner.

On voit apparaître quelques pancartes avec ses candidat-es d’arrondissement. On note le très judicieux tie-wrap dans le front de Marcel. C’est bien sûr une évocation de Physical d’Olivia Newton-John, la chanson préférée de Marcel. Ces magnifiques mises en scène ne sont pas légion, on affiche bien plus généreusement la pancarte avec Marcel tout seul.

Premier message : nous n’avons rien à voir avec Vision Montréal. Tout ce qui pourrait rappeler Harel et la joyeuse bande qui vient de saborder son parti pour entrer dans la coalition est éliminé, comme les dettes qui l’accompagnaient.

L’insistance sur « Candidat à la mairie de Montréal » (Non, vraiment? C’est pas un agent Remax?) ajoute la touche finale qui nous convainc que ce mariage utile demande à Vision le passage sous les fourche caudines. Ce n’est pas le chef d’une coalition, c’est un candidat à la mairie et c’est tout. « Ok, c’est beau vous pouvez être sauvés avec nous, mais mettez-vous à genoux pis parlez surtout pas. » Venant d’un fédéraliste à une gang plutôt bleue, ça s’annonce plein de remous, surtout quand ça ira mal. Attendons le premier sondage, on verra bien assez vite.

Donc on parie sur l’homme, un peu parce que c’est tout ce qu’on a d’avouable.

Stratégie qui se défend, mais il faut avoir la stature pour la supporter. Être le candidat de l’establishment ne suffit pas. Marcel a-t-il fait la démonstration de ses grandes capacités rhétoriques? On peut en douter. On essaie aussi de le faire passer pour un homme ordinaire et accessible. Or, le bonhomme est un technocrate avec une haute estime de lui-même. Il est habitué de conseiller les princes libéraux, pas évident qu’il sera très « naturel et simple » en personne, en entrevue ou en débat.

L’équipe de Marcel exige trop de son candidat, il ne pourra que les décevoir.

 

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Richard

L’équipe Bergeron (c’est à la mode ce genre de terminologie, Mario Dumont doit être content, il a définitivement marqué la politique québécoise) a fait deux démonstrations avec ses pancartes : sa force et sa tentative normalisation. Force par la capacité d’affichage rapide et efficace. En une nuit la ville était rapidement couverte de pancartes : on sait que c’est un parti qui fonctionne sur des équipes bénévoles, c’est d’autant plus impressionnant. C’était nécessaire, les médias n’aident pas Projet Montréal en le plaçant automatiquement hors de la course, il fallait contrer cette tendance en étant présent sur le terrain.

Une fois cela dit : Quelles pancartes tristement banales! C’est voulu, bien sûr.

On comprend. Surtout : avoir l’air d’un parti sérieux, ne pas donner une impression trop à gauche ni trop marginale. Donc : des fonds blanc et bleu pâle avec un filigrane de la ville, des regards caméra, des montages photos typiques de l’esthétique électoraliste glauque, quelques polices mal choisies et c’est réglé, la banalité règne. On s’enfile trois-quatre mugshots et on a plus de place pour parler politique. Un slogan en triptyque plutôt creux (intégrité, compétence, audace), qui montre encore toute la prudence de ses concepteurs, n’est présent que sur les pancartes du chef seul.

Ici aussi, d’ailleurs, on mise sur le chef. Il est partout, on a besoin de mettre 3 personnes sur la pancarte? Pas grave, on rajoute Richard, ses dents sont si jolies (c’est vrai que comparé à d’autres…). Pas un mauvais cheval, bien sûr. Le plus expérimenté de la gang, celui qui a le plus vision aussi. Pas sans danger cependant, l’homme laisse une drôle d’impression aux journalistes, pour qui des termes comme « idéaliste » sont synonymes d’« illuminé ». Là aussi, cela incitera immanquablement les comms à opter pour la prudence et « l’establismenisation » de leur candidat-maire, mais cela se fera-t-il au prix de l’âme et de l’audace de leur formation? Difficile d’en douter.

 

 

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Mélanie

C’est une fille de comm et ça paraît. Style distinctif. Bonne photo. Noir et doré. Simplicité et élégance. Quelques pancartes, de bonne taille, bien disposées, ça a son efficacité. Elle veut camper le renouveau chic, l’enthousiasme jeune, dynamique et créatif. Coco Chanel serait fière. Et un slogan pour le changement, quelle originalité (encore là, merci Mario!). Soit. Ça marche en partie, mais ça n’empêche pas d’importantes erreurs.

Une femme, debout, seule, sur un fond noir. Oui, c’est bien élégant, mais c’est aussi esseulant. Le vide noir autour d’elle rappelle son principal défaut : le manque d’équipe. Comment des gens sérieux en matière de comm ont pu adopter une pancarte qui souligne à ce point cette tare? Mélanie seule contre l’adversité. Ça fait peur plus que ça ne rassure.

Le « Groupe Mélanie Joly » en associant son parti à une dénomination d’entreprise vise assez juste pour sa niche déjà acquise. Bonne stratégie si c’est pour du développement à long terme, mauvaise si c’est pour un résultat immédiat. Personne à gauche ne se sentira rejoint par ce nom beaucoup trop business.

Ici l’absence de message politique n’est pas prudente, elle est révélatrice.

Depuis le début de sa campagne, Joly a beaucoup de difficulté à nous parler politique. Elle sait bien se présenter, mais elle semble incapable de tenir le haut du pavé en matière de discours. En fait, on ne demanderait pas grand chose, quelques idées claires l’aideraient déjà beaucoup, mais il semble que ce soit déjà trop exiger. Elle disait que Montréal a besoin d’un bon plan de communication, c’est tout ce qu’elle semble en mesure de lui offrir.

 

Conclusion

Cette première campagne suivant le traumatisme de l’arrestation d’un maire et des importantes révélations de corruption montre que la politique municipale montréalaise ne s’est pas débarrassée de ses vieux fantômes. Obsession pour les « chefs » de tous genres, peur d’aborder de front les importantes questions politiques qui devraient pourtant préoccuper et, surtout, aucune volonté de sortir des sentiers bien balisés. Ne parlons pas et ne paraissons pas épeurants : voilà ce que nous lancent en cœur les partis en lice. Ça fonctionnera peut-être, mais c’est bien déprimant.