Communiquer la brutalité


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Lorsqu’on regarde nos voisins du sud, on s’aperçoit rapidement d’une chose : leur relation avec l’État n’est pas la même qu’ici. Ce pays s’étant bâti contre le roi d’Angleterre, ils ont toujours eu une crainte d’un pouvoir qui serait trop concentré entre les mains d’une minorité. Un des symptômes : les multiples élections dans certains États ;  on y élit même les shérifs! Voter pour votre chef de police, une simple illustration qui montre bien que l’application de la loi et l’ordre est politique. Et, lorsqu’il y a politique, il y a communication…

Aujourd’hui, force est de constater que les policiers ont incorporé des techniques de relations publiques à leur communication. Le document Strategic Communication Practices : A toolkit for police officer[1] témoigne bien de cette volonté de doter tout corps policier de techniques de communication dans le but de convaincre, gérer son image ainsi que d’avoir un plan de gestion de crises. Le document destiné à tout policier qui souhaite se donner les outils afin de réaliser un plan de communication, est en fait plus complet que n’importe quel livre de relations publiques sur le marché : une mine d’or pour toute personne qui travaille dans le domaine des communications.

Mon objectif dans ce court texte est de cerner les principaux aspects de la stratégie de communication du Service de Police de la ville de Montréal (SPVM) lorsque ceux-ci doivent répondre de cas de brutalité policière…

« Define or get defined »

Les policiers peuvent utiliser les médias pour divers motifs. Il y a d’abord ce que j’appelle la communication préventive. Celle-ci comprend toutes les activités de sensibilisation dans les communautés, campagnes de préventions, etc. Par exemple, mon casque de vélo (avant de le perdre), c’était le SPVM qui me l’a donné.

La deuxième correspond à la gestion de l’image de la police. En effet, normalement, nos relations avec la police: contravention, avertissement, dans certains cas, le profilage racial et politique, la brutalité policière etc. Malgré tout, la population québécoise a généralement confiance envers les corps policiers : les sondages situent celle-ci à environ 85% (Études électorales canadiennes). Donc même si la police nous fait chier,  la population semble reconnaître la nécessité d’avoir une police.

Cela étant dit, les corps de police, comme toute autre organisation, utilise les médias afin d’améliorer leur image. Prenons le cas de la manifestation annuelle contre la brutalité policière… Manifestation qui semble bénéficier d’une somme importante d’énergie par les responsables des communications au sein des corps policiers. La police fera alors une campagne de communication offensive. Avant la manifestation, un communiqué de presse sera envoyé, la police distribuera des tracts dans les institutions scolaires et parfois, nous aurons droit à une conférence de presse. Ce qui est à retenir de tout cela n’est pas tant les moyens utilisés plutôt que la stratégie : on tente de se définir avant que les autres ne le fassent. Je citerai ici le guide dont je parlais plus haut: « Framing the issue is the advantage that goes to the party that speaks first. It is a strategic and tactical mistake to give this offensive position away to those who will use it to attack, criticize, and blame. »

Cette stratégie est ce que l’on appelle le pseudo-évènement : créer soi-même une situation afin d’avoir de l’attention médiatique. On crée une opportunité afin de faire passer un message. Il devient ainsi possible d’anticiper chacune des manifestations ou tout autre évènement médiatisé dans lequel les policiers seront impliqués. Ces évènements seront ainsi utilisés afin de faire passer un message dans les médias.  Ce dernier est assez simple : « nous faisons de la prévention pour que la manifestation se passe bien ». Dans le cas d’une manifestation contre la brutalité policière, sans vouloir faire de procès d’intention, il est difficile de dire que l’information distribuée par les policiers ait vraiment pour objectif de sensibiliser les manifestants, qui eux, ont pour but de manifester contre… la police.

Non. L’objectif semble être de préparer le terrain pour des arrestations et un usage souvent excessif de la force. Qu’on aime ou pas les policiers, le citoyen n’aime pas la violence. La police cadre donc déjà l’évènement en sa faveur: on justifie, avant même la manifestation, l’intervention de l’antiémeute. Le public a donc été préparé. Comme un peu avant le début d’un film qui s’adresse à un public de seize ans et plus, on avertit le téléspectateur.

« La manifestation de demain est le fruit d’un public anarchiste et parfois même violent, l’intervention de la police est fortement recommandée »

J’aurais terminé ici la première partie de cet article qui jette les bases sur la stratégie de communication des policiers. J’ai surtout abordé la question de façon générale, le prochain article traitera de l’avantage que procure le fait d’être un policier dans le paysage médiatique d’aujourd’hui.



[1] Disponible en ligne http://cops.usdoj.gov/Publications/e081129395_Strategic-Comm-Practices-Toolkit_rev.pdf